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La fille dans la manif

Publié le 24 février

Il ne faisait pas extrêmement froid, c’était la mi-journée ensoleillée, mais en début février pas extrêmement chaud non plus. Tout le monde avait qui sa doudoune, qui son bonnet.

La fille était en téchire blanc (selon la prononciation occitane de mon cher Bernard Monestier, il sera content qu’on se souvienne de lui en évoquant une jolie fille), comme une tache de lumière dans le cortège plutôt sombre.

Je l’ai suivie un long moment, méditant sur la particule accolée au nom de Robespierre, dont je ne me souvenais plus qu’il était issu de la noblesse ; et plus encore sur le dos altier de la demoiselle, qui allait si bien avec le texte qu’il portait.

J’emmène presque toujours un appareil photo dans les manifs, mais c’est rare que je m’en serve. Là c’était difficile de résister, pour une fois qu’une photo de dos trouvait une justification autre que la timidité du photographe ; il y a cinq photos d’elle sur le film entre une banderole « La culture en grève » sur le musée du Louvre et des photos du chat (pour finir la pellicule).

Elle a quitté la manif au niveau de la passerelle Sédar Senghor où elle devait avoir attaché son vélo — on ne le voit pas sur la photo mais elle avait aussi un casque en bandoulière. Après son départ la manif c’était moins intéressant, d’ailleurs on arrivait à Concorde et c’était la fin.

Une de ces rencontres fugaces qui ne laisserait pas de trace dans la mémoire une fois rentré à la maison, s’il n’y avait la photo pour s’en souvenir ensuite quand on scanne le film.

Quai des Tuileries
Paris, février 2020